Articles

Du tréfonds de nos peurs

Image
Cette journée s'annonçait paisible pour elle. Elle dont l'esprit vacille inlassablement entre l'envie de se relaxer et l'envie de se mouvoir.  Après sa migraine de la veille, elle s'est bien vue contrainte d'admettre son besoin de lâcher du lest.  C'est ainsi qu'elle décida à son réveil de s'absenter de tout et de prendre du temps pour elle. "Prendre du temps pour soi ? Euh ... comment on fait déjà ?" Elle en avait perdu l'habitude. Elle avait oublié à quoi ressemblait toutes ces choses banales mais ô combien jouissives : faire une grasse matinée; prendre son petit-déjeuner au lit; se faire couler un bain; lire un livre sous la couette; faire une sieste l'après-midi, etc. Autant son corps lui réclamait ces moments empreints de divines tendresses, autant son esprit ne cessait de lui marteler qu'elle avait des activités plus nobles qui l'attendait telles que terminer de traiter cet énième dossier qu...

Rendez-vous ...

Image
Ce matin-là, elle se réveilla avec une énorme boule au ventre. Elle avait passé la nuit entière à s'imaginer le déroulement de ce rendez-vous autant attendu que redouté. Elle avait eu le temps de mimer la scène dans son esprit une dizaine de fois. Tout lui semblait sous contrôle jusqu'à ce qu'elle retombe dans la trappe de la peur et de l'angoisse. Il n'était que 06h mais déjà elle était en ébullition. Était t-il trop tard pour renoncer ? se demandait-elle en cherchant à tâtons son téléphone enfouit sous les draps. Pendant qu'elle réfléchissait au meilleur moyen d'informer son interlocuteur de son désistement, elle reçut un message signé qui lui rappelait l'heure et le lieu de la rencontre. Avait-elle fait tout ce chemin pour abandonner aussi précocement ? Ne fallait-il pas aller au bout de son intuition et se faire un peu plus confiance ? C'est ainsi qu'elle se ressaisit et décida que sa journée se passerait bien. Et si cela ne...

Rayonne qu'importe le chant de la vie

Image
Par une soirée maussade d’hiver, affalée sur le canapé avachi, je menais un corps à corps redoutable avec monsieur sommeil. Qu’est-ce qu’il s’est montré tenace cette fois-là !  Hélas, cette nuit je ne pouvais céder à son charme avec la facilité qu’il m’a toujours connu.   Interdiction de fermer l’œil car j’attendais patiemment de recevoir l’appel d’une amie. Cela faisait exactement dix ans que nous n’avions plus de nouvelles l’une de l’autre. Pour des raisons personnelles, sa famille et elle durent quitter le pays un triste jour de juillet 2009. Je lui en ai grandement voulu d’être partie de la sorte. Sans rien me dire à moi, sa prétendue meilleure amie.    Je vivais avec son absence. Son prénom tapissait toutes les pages de mon journal intime. J’y déversais désespérément ma colère, mes incompréhensions et mon amour pour elle.   Les années passèrent, le brouhaha du quotidien m’emmena à moins y penser. Les souvenirs ne me quitta...

A base de tolérance et de bienveillance ...

Image
Si on m'avait demandé il y a quelques années de nommer le jour de la semaine que je préfère, je me serais sans doute empressée de répondre "samedi". Aujourd'hui, cette journée me parait la pire de toutes !  Elle conjugue à elle seule les joies de la grasse matinée pour ceux qui y arrive, les peines de la routine ménage qu'on s'est un jour créée, l'excitation de faire une activité qui nous donnerait le sentiment d'avoir "profité" du week-end, et que sais-je encore ... Bon sang, quel stress !  Désormais je suis du dimanche. Qu'est-ce qu'elles ont du charme ces journées !  Je les trouve délicates et féroces à la fois. Je détaillerai cela dans une prochaine envolée car aujourd'hui j'aimerais parler d'un tout autre sujet. Un sujet sensible je dirais.  J'ai essayé de m'y mettre à plusieurs reprises, mais à chaque tentative mes mots ne reflétaient pas assez le son de mon cœur. Alors, j'abandonnais, je...

Les mots, mes intimes...

Image
Aujourd'hui, cela fait exactement un an et quatre mois que je me prête au jeu de l'écriture aux yeux du monde.  Des textes portant entre autres sur des faits de société, publiés dans la plus grande irrégularité. Celle-ci est justifiée par le fait que je ne parviens pas à écrire par devoir; car, agir ainsi reviendrait à annihiler tout plaisir, tout désir voué à cet art qui me révèle à moi-même et m'emplit de vie. Planer pour aller cueillir délicatement des fleurs suspendues dans les airs, telle est l'idée que j'ai de l'écriture. Etre plongée dans le silence complet, balader ses doigts avec délicatesse sur un clavier et laisser son esprit valser au rythme de ses envies. Autant cette sensation me met en émoi et me fait réaliser que la perfection réside dans de simples instants, autant il m'arrive de craindre ces moments-là. Car, je remarque avec le temps que je m'écris plus que je n'écris. Je retrouve trop de moi dans mes jets, je p...

Le déni

Image
"Il faut savoir choisir ses combats" dit-on souvent. Cette phrase est sans doute vraie, mais encore. Que se passe t-il lorsque les combats, eux, nous choisissent ? Que se passe t-il quand on se sent happé par une cause et qu'on a pas autre choix que s'y soumettre et cesser de lutter à contre courant ? La lutte pour la cause des femmes.  Hier encore j'étais dans le déni.  L'idée d’être identifiée à un groupe, un clan m'agaçait fortement. Je ne souhaitais pas être assimilée à quoi que ce soit sans mon accord. Alors je niais, je réduisais au silence mes cris et mes incompréhensions.  Des fuites il y en a sans doute eu lorsque j'approchais l'incontinence. Des mots s'échappaient, des mimiques, des soupirs ...  Ces moments de relâche n'étaient heureusement pas remarqués par tous. Seul mon entourage proche le voyait et me plaquait la réalité sous le nez en me disant : "Tu ne serais pas féministe toi par hasard ...

Tu es si naïve !

Image
"Tu es si naïve !" Cette phrase on me l'aurait adressée des années plus tôt, j'en aurais pleuré à vifs sanglots. Ah oui ! Me qualifier ainsi aurait eu l'air de dire que je suis encore inapte à cette vie, que je ne suis rien de plus qu'un minable "bébé au lait" comme cela se dit chez moi. Car, petit on a hâte de grandir. On a hâte de découvrir de quoi est fait le monde; hâte de découvrir ses trésors, ses travers et toutes ces choses dont on nous préserve inlassablement. On est bien trop curieux pour reconnaître la bienveillance derrière ces milliers de "ce n'est pas de ton  âge  !". On les trouve bien chanceux nos grands frères lorsqu'ils sortent avec leurs amis et rentrent tard le soir. On les trouve bien chanceuses nos grandes sœurs lorsqu'elles ramènent leur copain à la maison et que maman regarde sans rien dire. La naïveté on en veut pas, c'est pas à la mode. Alors on commence à défier les mises en ...